Hommage à Pierrette Brisson (1942 – 2026)

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Une carrière vouée à la protection de la jeunesse et à la médiation familiale

Pierrette Brisson a été travailleuse sociale de 1973 à 2015. Elle a obtenu son accréditation en médiation familiale en 1994. Détentrice d’une maîtrise en service social de l’Université Laval (Québec), elle a mis en place et dirigé le Service d’expertise psychosociale et de médiation du Centre jeunesse de Québec pendant plus de 10 ans. Par la suite, elle a occupé le poste de directrice adjointe à la direction des services professionnels au Centre jeunesse de Québec et le poste de directrice de la qualité des services au Centre jeunesse Chaudière-Appalaches.

Dès le début des années 1990, elle a développé l’approche de médiation en protection de la jeunesse au sein du Centre jeunesse de Québec et Chaudière-Appalaches avec la collaboration de Jacques Olivier, intervenant en protection de la jeunesse.

Son engagement à l’égard des services sociaux a été reconnu en 1997 par le prix d’excellence de l’Association canadienne des travailleurs sociaux.

Madame Brisson a été membre fondatrice de l’Institut de psychologie, d’expertise et de médiation de Québec. Elle y a également exercé le rôle de médiatrice et de formatrice pendant plus de 10 années. À compter de 2011, elle s’est consacrée entièrement à la formation Approche-médiation, tant au Québec qu’en France, en Belgique, en Côte d’Ivoire et au Chili. Tout au long de sa carrière, elle a su mettre ses expériences au profit de la famille en élaborant et en enseignant l’Approche-médiation, entre autres aux travailleurs sociaux.

Elle a coanimé pendant une décennie les séances de parentalité après la rupture offertes par le ministère de la Justice. Elle a été formatrice du programme «Conférence de règlement à l’amiable» pour les juges de la Cour du Québec — Chambre de la jeunesse. Elle a aussi contribué à des formations à la Chambre des notaires et à l’Université Laval — École de psychologie et École de Service social — secteur de la formation continue.

Sa contribution a été importante en France, auprès de divers organismes, dont la Caisse nationale des allocations familiales, le Centre d’études et de recherches pour l’accompagnement familial par la formation et l’École nationale de la magistrature rattachée à la Cour d’appel jeunesse de Paris.

De plus, elle a été membre active de plusieurs comités assurant le développement de la médiation familiale au Québec :

  • Comité de la médiation familiale de l’Ordre, de 2001 à 2007, à titre de présidente
  • Comité des organismes accréditeurs en médiation familiale (COAMF) de 1993 à 2011, dont elle a été présidente en 1995-1996 et en 2003-2004
  • Comité de suivi en médiation sous la responsabilité du ministère de la Justice du Québec (2003-2008), à titre de représentante de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec

Elle a participé à la rédaction de nombreux articles et ouvrages traitant de la médiation familiale :

  • La médiation familiale. Collectif multidisciplinaire coordonné par Lisette Laurent-Boyer. Cap-Sant-Ignace. Les Éditions Yvon Blais inc. 1992.
  • Re-créer les liens familiaux : médiation familiale et soutien à la parentalité. Avec Michèle Savourey-Alezra. Québec/Lyon. Coédition PUL et Chronique sociale. 2002.
  • Protection de l’enfance et de la jeunesse-médiation : comment accompagner la famille autrement. L’Approche-médiation : principes et méthodologie. Avec Michèle Savourey-Alezra. Coédition PUL et Chronique sociale. Québec/Lyon. 2013.
  • Familles et pratiques sociales. L’approche médiation : postures et initiatives. Sous la direction de Michel K. Laflamme et Joëlle Piovesan. Québec/Lyon. Coédition PUL et Chronique sociale. 2014.
  • « Approche-Médiation, un soutien pour les familles, un esprit, un processus » dans Médiation et jeunesse. Mineurs et médiation familiales, scolaires et pénales en pays francophones. Sous la direction de Jean Mirimanoff. Belgique. Larcier. 2013.
  • « La spécificité de la médiation dans le contexte de l’autorité parentale ». Dans La culture de pratique des professionnels du social – Approches de médiation dans l’action sociale. Livre électronique en langue polonaise sous la direction de Lorraine Filion, Dorota Wolska-Prilinska et Ewa Marynowicz. Presses de l’Université de Łódź. Pologne. 2014. P. 160-166.

Des témoignages du Québec et de la France

Les collègues et les intervenants qui ont côtoyée Pierrette ont reconnu sa profonde humanité, sa bienveillance, sa rigueur, sa détermination, son ouverture et son grand souci de qualité.

L’annonce de son décès a donné lieu à des dizaines de témoignages de professionnels du Québec, mais aussi de la France, par exemple:

  • « Elle a été une étoile parmi nous. »
  • « Elle savait utiliser ses talents de stratège pour faire avancer les projets dans l’intérêt des familles. »
  • « Elle a été une source d’inspiration pour travailler avec les familles en difficulté. »
  • « Pierrette était une femme d’exception, d’une grande sagesse, qui avait une capacité d’écoute hors du commun. »
  • « Elle exprimait ses points de vue avec douceur, mais aussi avec conviction et détermination. »

Toujours présente

Ci-dessous, le poème Je vivrai par-delà la mort, du poète, écrivain et peintre libanais Khallil Gibran, qui porte à croire que Pierrette restera avec nous en pensées :

Je vivrai par-delà la mort,
Je chanterai à vos oreilles
Même après avoir été emporté,
Par la grande vague de la mer
Jusqu’au plus profond de l’océan.
Je m’assiérai à votre table
Bien que mon corps paraisse absent,
Je vous accompagnerai dans vos champs,
Esprit invisible.
Je m’installerai avec vous devant l’âtre,
Hôte invisible aussi.
La mort ne change que les masques
Qui recouvrent nos visages.
Le forestier restera forestier,
Le laboureur, laboureur,
Et celui qui a lancé sa chanson au vent
La chantera aussi aux sphères mouvantes.

Sur une note plus personnelle

J’ai eu la chance d’être sur sa route pendant cinquante années, et de développer avec elle une grande complicité et une belle amitié.

Elle à Québec et moi à Montréal, nous avons su mettre en place des services d’expertise et de médiation avec des modèles différents, mais complémentaires. Nous ne connaissions pas la compétition; nous préférions la collaboration.

Pierrette éprouvait un grand amour pour ses enfants et ses petits-enfants. Nous passions beaucoup de temps à partager des photos, des souvenirs et, aussi, nos inquiétudes de grands-mères. Il est bien connu que les mamies se préoccupent de leur famille, toutefois sans s’ingérer dans les règles et les décisions prises par leurs enfants.

Pierrette est une grande dame, une travailleuse sociale exceptionnelle, comme le reflète sa carrière nationale et internationale, que je citerai pour de nombreuses années encore, tant pour ses écrits que ses réalisations.

Je rends donc hommage à Pierrette pour tout ce qu’elle m’a appris et légué.

Sincèrement,

Lorraine Filion
Travailleuse sociale émérite et médiatrice familiale accréditée
Récipiendaire du Prix René Dussault 2025